Canada
Coningham Bay
La baie de Coningham se trouve sur la côte nord de l'île Somerset dans l'Arctique canadien — une indentation reculée, érodée par les glaces, dans un paysage si vaste et dépouillé qu'il semble appartenir à une autre planète. L'île Somerset, la plus grande île inhabitée du monde avec ses 24 786 kilomètres carrés, occupe une position stratégique dans le Passage du Nord-Ouest entre l'île du Prince-de-Galles et la péninsule de Boothia. Sa côte a été le témoin de certains des chapitres les plus dramatiques de l'histoire de l'exploration polaire — de l'expédition Ross de 1848 à la récente découverte des navires perdus de Franklin dans les eaux au sud.
Le paysage entourant Coningham Bay est une toundra arctique élevée réduite à ses éléments les plus essentiels : des collines basses et ondulées de roches brisées par le gel, un sol polygonal marqué par les cycles de pergélisol opérant depuis des milliers d'années, et un horizon si vaste et ininterrompu que la courbure de la Terre devient perceptible lors des journées claires. La baie elle-même, taillée dans la côte de calcaire et de dolomite de l'île, offre un ancrage abrité précieux dans ces eaux exposées, et les crêtes de plage au-dessus de la ligne d'eau actuelle — surélevées par le rebond isostatique qui continue de soulever la terre alors qu'elle se remet du poids de la calotte glaciaire continentale — témoignent de niveaux marins qui chutent depuis 8 000 ans.
La faune de l'île Somerset s'est adaptée à des extrêmes qui défient l'imagination. Les bœufs musqués — ces bovins au look préhistorique dont la laine de qiviut est plus chaude que le cachemire et plus fine que toute autre fibre naturelle — paissent la toundra en petits troupeaux, leur formation défensive (adultes tournés vers l'extérieur avec les veaux protégés au centre) demeurant inchangée depuis le Pléistocène. Les caribous de Peary, la plus petite et la plus rare des sous-espèces de caribous, traversent l'île lors de mouvements saisonniers de plus en plus perturbés par les conditions de glace changeantes. Les ours polaires patrouillent la côte et le bord des glaces, les renards arctiques se terrent dans les crêtes de plage surélevées, et les eaux environnantes abritent les narvals, les bélugas et les baleines à bosse qui ont soutenu les cultures de chasse inuites pendant des millénaires.
Le registre géologique de l'île Somerset se lit comme un manuel d'histoire de la Terre. Le calcaire exposé contient des fossiles d'organismes marins des périodes ordovicienne et silurienne — il y a 450 à 420 millions d'années — lorsque cette partie de l'Arctique canadien se trouvait près de l'équateur et était recouverte par une mer chaude et peu profonde grouillante de trilobites, de brachiopodes et d'organismes bâtisseurs de récifs qui sont finalement devenus le socle de l'île. Le contraste entre ce passé tropical et le présent gelé est l'une des narrations les plus captivantes que la géologie puisse raconter, et les fossiles éparpillés à la surface de la toundra — érodés par des millénaires de cycles de gel-dégel — fournissent des preuves tangibles d'un monde presque inconcevablement différent de celui qui existe aujourd'hui.
La baie de Coningham n'est accessible que par des navires de croisière d'expédition naviguant à travers le Passage du Nord-Ouest, toutes les explorations étant réalisées en Zodiac. La saison est limitée à août et début septembre, lorsque la glace marine a suffisamment reculé pour permettre le passage à travers les canaux entourant l'île Somerset. Chaque visite dépend entièrement des conditions météorologiques et de la glace, et la capacité de l'équipe d'expédition à adapter l'itinéraire aux conditions est essentielle. Pour ceux qui atteignent la baie de Coningham, l'expérience est l'une des formes les plus pures de rencontre avec la nature sauvage disponibles sur Terre — un paysage dont le silence, l'échelle et l'antiquité géologique créent un sentiment de temps profond qui est profondément humble.