
Canada
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Sur la côte sud-est de l'île Devon, surplombant l'embouchure du Lancaster Sound, les bâtiments abandonnés du port de Dundas se dressent tels des sentinelles solitaires d'une expérience ratée en matière de souveraineté arctique. Établi en 1924 en tant que détachement de la Gendarmerie royale du Canada — l'un des postes les plus isolés de l'histoire des forces de l'ordre — le village avait pour but d'affirmer le contrôle canadien sur les îles de l'Arctique supérieur. Deux agents de la GRC ont perdu la vie ici durant l'occupation intermittente du village, et leurs tombes, marquées par de simples croix blanches sur fond de gris infini du paysage arctique, demeurent parmi les monuments les plus poignants du Nord canadien.
Le port lui-même occupe une baie abritée encadrée par des falaises abruptes et érodées qui s'élèvent vers le plateau aride de l'intérieur de l'île Devon. Les ruines du poste de la GRC, les bâtiments de la Compagnie de la Baie d'Hudson et les vestiges d'un camp de réinstallation inuit des années 1930 créent un paysage archéologique fantomatique qui en dit long sur les forces — politiques, commerciales et culturelles — qui se sont heurtées dans l'Arctique canadien au cours du vingtième siècle. Les bâtiments s'effondrent lentement sous le poids de décennies de neige, de glace et de vent, ajoutant une qualité élégiaque à chaque visite.
Il n'y a aucun service à Dundas Harbour. Les navires d'expédition fournissent tous les besoins essentiels, et les débarquements se font en Zodiac sur une plage de gravier où les restes d'os de baleine — issus de l'ère de la chasse commerciale qui a précédé le poste de la GRC — jonchent encore le rivage. Certains navires organisent des promenades guidées à travers la colonie, où des naturalistes et des historiens contextualisent les ruines dans le cadre plus large de l'exploration et de la colonisation arctiques. Un chocolat chaud servi sur la plage tout en contemplant l'immensité vide du détroit de Lancaster est une expérience de contraste surréaliste.
La faune autour du port de Dundas est exceptionnelle, même selon les normes arctiques. Les falaises escarpées surplombant le village abritent des sites de nidification pour les guillemots à bec épais et les mouettes de Brunnich, tandis que les eaux en contrebas attirent les baleines blanches, les narvals et les morses. Les ours polaires sont fréquemment aperçus — en effet, les protocoles de sécurité concernant les ours sont une considération sérieuse pour tout débarquement. Les lièvres arctiques, distinguables du rocher environnant uniquement par leur mouvement, apparaissent en groupes sur les pentes. Les bœufs musqués, leurs formes hirsutes semblant inchangées depuis le Pléistocène, paissent occasionnellement sur la végétation clairsemée de la toundra au-dessus du port.
Le port de Dundas est exclusivement visité par des navires de croisière d'expédition lors des itinéraires du Passage du Nord-Ouest et de l'Arctique élevé, généralement entre la fin juillet et début septembre. Les débarquements dépendent entièrement des conditions météorologiques, et des guides effectuent des vérifications approfondies pour les ours polaires avant que les passagers ne mettent le pied à terre. Le site ne nécessite aucun permis spécial au-delà de ceux détenus par l'opérateur d'expédition, bien que tous les visiteurs soient tenus de respecter les bâtiments patrimoniaux et les tombes de la GRC. Pour ceux qui ont la chance de débarquer, Dundas Harbour offre une rencontre avec l'histoire arctique qui est à la fois intime et vaste.
