Canada
Lancaster Sound
Le détroit de Lancaster s'ouvre devant la proue d'un navire d'expédition tel un portail vers le mythique — et en effet, c'est précisément ce qu'il est. Ce magnifique détroit, s'étendant sur 280 kilomètres entre l'île Devon au nord et l'île Baffin au sud, sert d'entrée est au légendaire Passage du Nord-Ouest, la voie maritime qui a obsédé et détruit des générations d'explorateurs européens. Aujourd'hui, il est reconnu comme l'un des environnements marins les plus productifs biologiquement de tout l'Arctique, une distinction qui lui a valu d'être protégé en tant que zone de conservation marine nationale de Tallurutiup Imanga en 2017.
La productivité extraordinaire de Sound provient d'un afflux d'eaux riches en nutriments, là où les courants arctiques et atlantiques se rencontrent. Cette abondance sous-marine soutient l'une des plus fortes concentrations de mammifères marins dans l'Arctique. Les narvals — ces baleines à dents uniques qui ont inspiré le mythe de la licorne — se rassemblent ici en groupes comptant des centaines d'individus, leurs formes grises marbrées émergeant à la surface dans des displays de respiration synchronisés qui semblent chorégraphiés pour le bénéfice des passagers émerveillés. Les baleines belugas apparaissent en égale profusion, leurs corps blancs scintillant contre les eaux sombres tel des lanternes sous-marines.
Au-delà des cétacés, le détroit de Lancaster regorge de vie à chaque échelle. Les ours polaires patrouillent les bords de glace, chassant les phoques annelés qui constituent leur proie principale. Les morses se prélassent sur des points rocheux, leur masse ornée de longues défenses incroyablement imposante mais étrangement gracieuse dans l'eau. Les falaises environnantes abritent certaines des plus grandes colonies d'oiseaux marins de l'Arctique canadien — les guillemots à bec épais, les fulmars boréaux et les guillemots noirs nichent en multitudes cacophoniques sur les parois rocheuses abruptes. Sous la surface, le morue arctique, le flétan du Groenland et d'immenses essaims de copépodes arctiques forment la base d'un réseau alimentaire d'une complexité éblouissante.
L'histoire humaine du détroit de Lancaster est une chronique d'ambition, de courage et de tragédie. L'expédition malheureuse de Sir John Franklin en 1845 a traversé ces eaux avant de disparaître dans la glace avec ses 129 hommes — un mystère qui a hanté l'imagination victorienne et n'a été pleinement résolu qu'avec la découverte des épaves de l'Erebus et du Terror dans les années 2010. Des expéditions antérieures et ultérieures ont également laissé leurs marques : des cairns, des tombes et des provisions cachées parsèment les îles environnantes, chacune étant un témoignage de l'indifférence mortelle du passage à la planification humaine.
Le transit à travers le détroit de Lancaster se déroule généralement dans le cadre des itinéraires d'expédition du Passage du Nord-Ouest, de fin juillet à septembre. La météo, la glace et les observations de la faune déterminent le rythme et les arrêts — la flexibilité n'est pas seulement conseillée, mais essentielle. Le détroit peut être d'un calme glacial sous le soleil de minuit ou enveloppé de brouillard, avec une visibilité mesurée en mètres. Les deux conditions ont leur beauté. Pour ceux qui passent par ici par une journée claire, avec des narvals émergeant à bâbord et les sommets enneigés de l'île Devon scintillant à tribord, l'expérience frôle le transcendant.