
France
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Sur la côte la plus septentrionale de la France, là où les plaines plates et balayées par le vent de la Flandre française rencontrent les eaux grises de la mer du Nord, Dunkerque occupe une place dans la mémoire collective du monde occidental qui dépasse de loin sa taille modeste. C'est ici, à la fin de mai et au début de juin 1940, que plus de 338 000 soldats alliés furent évacués des plages sous un bombardement allemand implacable — une opération si improbable et si cruciale que Churchill lui-même l'a qualifiée de "miracle de délivrance." Mais Dunkerque est bien plus qu'un mémorial de champ de bataille ; c'est une ville portuaire flamande vibrante, dont le caractère est façonné par des siècles de commerce transfrontalier, de tradition maritime et d'une culture carnavalesque qui explose chaque février lors de l'un des festivals les plus exubérants d'Europe.
Le front de mer, reconstruit après la destruction quasi totale de la Seconde Guerre mondiale, a été réimaginé en un quartier maritime moderne où le FRAC Grand Large — un musée d'art contemporain dans un édifice saisissant en verre et en acier — fait face au port, aux côtés de restaurants et de promenades. Le Musée Portuaire, logé dans un ancien entrepôt de tabac, retrace l'évolution du port, passant d'un port de pêche médiéval au troisième plus grand port commercial de France. Le beffroi de l'église Saint-Éloi, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO dans le cadre des Beffrois de Belgique et de France, offre des vues panoramiques sur la ville et la mer.
L'identité culinaire de Dunkerque s'inspire à la fois des traditions flamandes et françaises. Le waterzooi — un ragoût crémeux de poisson ou de poulet — figure sur les menus aux côtés des moules-frites et de la spécialité locale, le potjevleesch (viandes en conserve dans un aspic servies froides avec des frites). L'influence flamande se manifeste également dans la culture de la bière : le nord de la France est le pays de la bière, et non du vin, et les bars de Dunkerque proposent une impressionnante gamme de bières de garde locales aux côtés d'importations belges. Le marché aux poissons du vendredi, une tradition qui a survécu aux guerres et aux bouleversements économiques, offre des prises fraîches de la mer du Nord — sole, plie, et les crevettes grises que la cuisine flamande élève au rang de délicatesse.
Les sites de l'évacuation de Dunkerque sont les plus puissants des attractions de la ville. La plage de Malo-les-Bains, où les soldats faisaient la queue dans les vagues en attendant d'être secourus, s'étend vers l'est dans une vaste étendue de sable qui dément son histoire. Le Musée Dunkerque 1940 — Opération Dynamo, situé dans le bastion à partir duquel l'évacuation a été coordonnée, présente l'opération avec une précision documentaire et une résonance émotionnelle. Les eaux parsemées d'épaves au large sont désormais des sites de plongée, et le cimetière de la Commonwealth War Graves Commission à Dunkerque offre un dernier bilan sobre.
Dunkerque est accessible par TGV depuis Paris (2,5 heures via Lille) et par connexion Eurostar depuis Londres. Des ferries transmanche opèrent vers Douvres. La ville est une destination tout au long de l'année, avec le Carnaval de Dunkerque (de janvier à mars) offrant l'expérience locale la plus unique — une célébration de trois mois au cours de laquelle des dizaines de milliers de fêtards costumés défilent dans les rues, dans une tradition remontant au XVIIe siècle, attrapant des harengs et d'autres friandises lancées depuis le balcon de l'hôtel de ville. L'été apporte un temps de plage sur les vastes sables de Malo-les-Bains.








