
Japon
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Hagi occupe une place singulière dans l'imaginaire japonais — une petite ville côtière de la préfecture de Yamaguchi, qui, pendant deux siècles et demi, a discrètement incubé la révolution qui transformerait le Japon d'un archipel féodal en une puissance mondiale moderne. Sous le règne du clan Mōri durant la période Edo, les érudits samouraïs de Hagi étudiaient en secret les sciences occidentales et la technologie militaire, malgré les strictes politiques isolationnistes du shogunat Tokugawa. Lorsque la Restauration Meiji éclata en 1868, un nombre disproportionné de ses architectes — y compris le premier ministre du Japon, Itō Hirobumi — émergea de cette ville fortifiée apparemment endormie. Les rues où ils marchaient, étudiaient et tramaient restent largement intactes, valant à Hagi le statut de site du patrimoine mondial de l'UNESCO en tant que partie des Sites de la Révolution industrielle Meiji du Japon.
Le vieux quartier samouraï de Horiuchi conserve son agencement original de murs en terre, de jardins chargés d'agrumes et de modestes résidences en bois qui cachent les ambitions extraordinaires de leurs anciens occupants. Se promener dans ces ruelles tranquilles, devant les lieux de naissance des hommes d'État et des révolutionnaires, c'est habiter un moment où l'avenir d'une nation se débattait derrière des écrans de papier. Les ruines du château de Hagi, démantelé en 1874, se dressent sur un promontoire avançant dans la mer du Japon, les murs de pierre et le fossé reflétant les montagnes environnantes. Le sanctuaire Shōin Jinja rend hommage à Yoshida Shōin, l'enseignant visionnaire dont la petite académie a formé les dirigeants du gouvernement Meiji — des hommes qui aboliraient la classe samouraï à laquelle ils appartenaient eux-mêmes.
La contribution culturelle la plus célébrée de Hagi est sa poterie. Le Hagi-yaki, avec son émaillage doux caractéristique qui s'intensifie en couleur avec l'usage — une qualité que les Japonais appellent "les sept changements de Hagi" — est prisé par les praticiens de la cérémonie du thé depuis que des potiers coréens ont été amenés dans la région par le clan Mōri à la fin du seizième siècle. Les nombreuses poteries et galeries de la ville offrent l'opportunité rare d'observer des maîtres potiers à l'œuvre et d'acquérir des pièces qui évolueront en beauté au fil des années d'utilisation quotidienne. L'argile, extraite des dépôts locaux, produit des bols à thé d'une chaleur subtile qui se classent juste derrière la céramique Raku dans la hiérarchie des céramiques japonaises pour le thé.
La position de la ville sur la côte de la mer du Japon offre un accès à des fruits de mer d'une qualité extraordinaire. Le marché aux poissons matinal de Hagi, bien que modeste en taille comparé au célèbre Tsukiji de Tokyo, offre un aperçu des rythmes quotidiens d'un port de pêche en activité. Calmars, dorades et le précieux fugu (poisson-globe) — la préfecture de Yamaguchi étant la capitale du fugu au Japon — arrivent frais des bateaux de pêche de nuit. La spécialité locale, les kawara soba de Hagi (nouilles de sarrasin au goût de thé servies sur une tuile chaude), est unique en son genre et ne se trouve nulle part ailleurs au Japon. Au-delà de la ville, la presqu'île volcanique de Kasa-yama propose des sentiers de randonnée offrant des vues panoramiques sur la mer, tandis que les îles Aiba, accessibles en bateau, offrent un snorkeling dans des eaux préservées du tourisme de masse.
Hagi est accessible par la ligne JR San'in depuis la gare de Shin-Yamaguchi (environ quatre-vingt-dix minutes) ou par un bus direct depuis Hiroshima (trois heures). La ville est suffisamment compacte pour être explorée à vélo, et des boutiques de location près de la gare offrent le mode de transport idéal pour naviguer dans cette ville de château plate. Le printemps apporte les cerisiers en fleurs aux ruines du château, l'été offre des baignades en mer et des festivals de feux d'artifice, et l'automne colore les montagnes environnantes de cuivre et d'or. L'hiver, bien que froid, marque le début de la saison du fugu et le plaisir atmosphérique de pouvoir profiter de cette ville remarquable presque seule.



