
Martinique
Saint Pierre, Martinique
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Saint-Pierre était autrefois la ville la plus glamour des Caraïbes françaises — le "Paris des Antilles", un port cosmopolite de 30 000 habitants dont les rues pavées grouillaient de marchands de rhum, de spectateurs de théâtre et de l'aristocratie métisse de la société des plantations de la Martinique. Tout cela a pris fin à 7h52 le matin du 8 mai 1902, lorsque la Montagne Pelée a érupté dans une coulée pyroclastique qui a anéanti la ville entière en moins de deux minutes, tuant pratiquement tous les habitants. Seules deux personnes ont survécu dans les limites de la ville, l'une d'elles étant un prisonnier nommé Louis-Auguste Cyparis, dont la cellule souterraine l'a protégé de la nuée de gaz surchauffée. Cela reste l'une des catastrophes volcaniques les plus meurtrières de l'histoire enregistrée, et les ruines que Saint-Pierre préserve aujourd'hui sont aussi troublantes que Pompéi.
La ville moderne qui a émergé parmi les ruines est un paisible et atmosphérique établissement de peut-être 4 000 habitants, drapé le long de la même baie courbée qui a fait de l'ancien Saint-Pierre un port enviable. Le Musée Volcanologique Frank A. Perret, établi juste deux décennies après l'éruption, expose des verreries fondues, du fer tordu et des horloges arrêtées qui témoignent silencieusement de la violence de la catastrophe. En flânant dans les rues, les visiteurs rencontrent les ruines de l'ancien théâtre, le cachot où Cyparis a survécu, et l'escalier en pierre du Quartier Figuier descendant vers un front de mer où les fondations des entrepôts et des maisons de commerce émergent de la végétation tropicale. Le contraste entre ruine et renouveau — bougainvilliers cascadeurs sur des murs effondrés, arbres à pain poussant à travers des sols brisés — confère à Saint-Pierre une beauté mélancolique que l'on ne trouve nulle part ailleurs dans les Caraïbes.
Le Mont Pelée lui-même, désormais endormi et enveloppé dans une forêt nuageuse, s'élève à 1 397 mètres au-dessus de la ville et offre l'une des plus belles randonnées de la Martinique. Le sentier partant du village du Prêcheur grimpe à travers un bois féerique où les fougères arborescentes et les géants philodendrons créent une atmosphère préhistorique, émergeant au-dessus des nuages au cratère sommital pour des vues qui, par temps clair, s'étendent jusqu'à la Dominique et la Guadeloupe. Les pentes du volcan sont la source du meilleur cacao de la Martinique, et de petits chocolatiers dans les villages environnants produisent des tablettes d'origine unique avec une complexité fumée distinctive qui reflète le terroir volcanique.
La cuisine martiniquaise, une fusion sophistiquée de techniques françaises et de l'âme créole, atteint son expression la plus authentique dans les modestes restaurants de Saint-Pierre. Les accras de morue — beignets de morue salée croustillants à l'extérieur et d'une légèreté nuageuse à l'intérieur — arrivent à chaque table en prélude au court-bouillon de poisson, un ragoût de poisson parfumé assaisonné de citron vert, d'ail et de bois d'Inde. Le ti' punch, l'apéritif rituel de l'île à base de rhum agricole, de citron vert et de sirop de canne, est préparé selon les goûts de chacun dans chaque bar, et les distilleries du nord — Depaz, Neisson et Saint-James parmi elles — produisent certains des meilleurs rhums agricoles au monde, distillés à partir de jus de canne à sucre fraîchement pressé plutôt que de mélasse.
Saint-Pierre est un port de débarquement, où les navires de croisière jettent l'ancre dans la profonde baie tandis que les passagers sont transportés vers le quai de la ville. La meilleure période pour visiter est pendant la saison sèche, de décembre à mai, connue localement sous le nom de Carême, lorsque les précipitations diminuent et que les sentiers de randonnée menant au Mont Pelée sont les plus accessibles. La commémoration annuelle de l'éruption de 1902 en mai attire des visiteurs de toute la Caraïbe française, transformant la ville en un lieu de réflexion, de souvenir et de célébration discrète de la résilience qui a permis à la vie de revenir à l'ombre du volcan.


